Shark Bay
Par Les Cousins Migrateurs, samedi 24 septembre 2005 à 09:45 :: Australie - Shark Bay :: #27 :: rss

Bienvenue dans le pays Malgana ! Les aborigènes australiens on vécu dans cette région depuis des milliers d'années et les propriétaires traditionnels sont les Malgana People, un des trois groupe aborigènes dont le territoire tribal est contenu dans l'aire de préservation établie par l'Unesco en 1991. Le nom Malgana pour Shark Bay ("baie des requins") est Gadhargudu ce qui signifie "Eaux jumelles" ou "Baies jumelles" en regard de la géographie des lieux.

Les paysages de Shark Bay sont saisissant de beauté, avec ces collines de sable rouge, ces buissons, arbustes et fleurs sauvages absolument partout, les plages de rêve où les dauphins sont observables tous les jours (notamment depuis la plage de Monkey Mia) dans une mer d'un sublime vert turquoise, peuplée de tortues vertes et de dugongs visibles à la faveur de la moindre sortie en bateau... Bref nous sommes arrivés dans un véritable petit paradis terrestre, protégé, très peu peuplé où les infrastructures touristiques très bien pensées sont volontairement modestes pour protéger ce jardin d'Eden...

Mais en plus d'être extraordinairement belle, cette baie est absolument hors du commun pour de nombreuses raisons liées à son écosystème très particulier. Nous avons passé une petite journée dans un tour organisé qui nous a fait découvrir certains (mais pas tous malheureusement) de ces merveilleux aspects avec Jenny notre chauffeur, habitante de Denham, la petite ville principale de la baie. Cette ville isolée est née de l'industrie perlière avant qu'elle ne soit déplacée à Broome plus au nord du territoire australien. Quand on dit isolé en Australie, on pense ce que l'on dit ! Nous sommes sur la côte Ouest de l'Australie et considérant que l'intérieur des terres est quasiment vide, les deux villes principales se situent à 15 heures de route au Sud (Perth) et à au moins 20 h de route au Nord (Broome) ! Denham la plus grosse des deux villes du petit paradis qu'est Shark Bay (la seconde est Monkey Mia à 30 km où nous résidons et lui donner le statut de ville est ambitieux car ce n'est qu'un petit complexe touristique en bord de mer abritant peut être 4 à 500 personnes) reçoit la visite d'un flying doctor (docteur qui ne réside par sur place mais vient.. en avion depuis une région plus habitée) deux jours par semaine uniquement, abrite la seule église dans un rayon de plus de 300 km, mais éduque 60 élèves en classe de primaire et construit actuellement un collège prévu pour 2006 preuve de la vitalité du lieu et de sa bonne démographie !

Mais les touristes viennent ici pour profiter de l'un des plus beaux endroits d'Australie et de l'originalité écologique des lieux... Shark Bay abrite l'une des plus grande et l'une des plus variée étendue d'herbiers marins. Couvrant plus de 4000 km², ces herbiers marins ont une influence énorme sur l'écosystème local. Les bancs d'herbiers retiennent les eaux salées près des côtes lors de marées, favorisant l'hyper salinité des eaux et sont également à l'origine d'une chaîne alimentaire complexe allant de l'animal microscopique jusqu'aux dugongs dont la population est l'une des plus élevée au monde avec presque 12% de la population totale de ces mammifères marins. Un phénomène étonnant est aussi observable dans la baie. Dans les eaux hypersalines, un coquillage (Fragrum eragatum) s'est adapté et s’est multiplié. Depuis des milliers d'années, les coquilles des mollusques décédés se sont accumulées sur un ensemble de plages de plus de 120 km de long dans la partie Est du golfe formant Shell Beach (La plage des coquillages). Il en résulte une plage d'un blanc éclatant constituée uniquement de coquilles grosses comme l'ongle d'un petit doigt parfois sur plus de 10 mètres d'épaisseur !

Shark Bay est également l'un des très rares endroits au monde (avec la baie d'Hudson et Grand Lac Salé) où l'on peut voir des stromatolites. Ce sont des structures vivantes qui ressemblent à des monticules de roche crées par un amalgame d'algues, appelées cyanobactéries. Les stromatolites sont considérées comme la forme de vie la plus ancienne au monde. Quand les cyanobactéries dominaient les mers il y a 500 millions d'années, le niveau d'oxygène sur terre devint alors plus élevé, autorisant des formes de vie plus complexes. Les colonies de cyanobactéries sont très rares aujourd'hui car elles ont été mises en concurrence dans l'écosystème avec des animaux plus évolués et ont du alors se battre pour un habitat plus favorable. De ce fait Shark Bay présente un cadre idéal pour cela. Les bancs d'herbiers marins, un climat très sec et chaud et donc un taux d'évaporation de l'eau de mer très élevé fait que les eaux peu profondes d'Hemelin Pool ont une concentration hypersaline presque deux fois supérieure à l'eau en haute mer. Comme très peu d'espèces ne peuvent survivre dans cette eau extrêmement salée, il y a peu de prédateurs et de compétiteurs pour l'espace de vie. De ce fait, les cyanobactéries se sont multipliées dans Hamelin Pool, formant des stromatolites et ce depuis 3 milliards et demi d'années ! Il est à noter que certaines très rares espèces comme le serpent de mer et la méduse de Shark Bay en s'adaptant à ce milieu hyper salé sont en train actuellement d'évoluer en de nouvelles espèces endémiques !

Shark Bay est extrêmement riche en matière d'animaux et de plantes abritant 850 espèces de plantes, au moins 320 espèces de poissons et 230 d'oiseaux ! Une bonne centaine d'amphibiens et de reptiles ont été recensés dont certains endémiques à la région. L'ensemble des baies forme un sanctuaire pour les espèces vulnérables telles que la tortue verte et le dugong et certaines îles de Shark Bay protégées des invasions de chats et de renards sont des édens de vie pour quelques espèces éteintes ailleurs dans le monde. Cela concerne des mammifères tels que le Mala (Kangourou Rufous Hare), le Kangourou Banded Hare, le Bandicool Western Barred, le Boodie et la Souris de Shark Bay. Les invasions d'espèces importées par les colons européens comme le chat, le renard, le lapin ont causé beaucoup de tort a cette terre en troublant le fragile équilibre qui était établi. A la faveur d'une marche botanique que nous avons faite dans les environs avec Capes un aborigène Malgana, nous avons été informé des programmes qui furent (et continuent d'être) mis en place pour rétablir l'équilibre comme il était. Et avec le plus grand des succès visiblement ! Depuis 1991 et l'intervention de l'Unesco pour classer au Patrimoine Mondial Shark Bay, Capes nous assure que sa terre a "cicatrisé" de la plus belle manière que ce soit. Les oiseaux, lézards et petits mammifères sont revenus, n'étant plus les proies faciles des espèces prédatrices introduites (et éradiquées de la région), et avec un petit coup de pouce de la météo qui a accordé à cette région très sèche de bonnes rasades de pluie cette année, la terre est nous dit-il dans une de ses meilleures conditions depuis les 30 dernières années ! De très bon augure pour ce petit paradis terrestre, isolé, aimé passionnément par ses habitants et préservé d'excellente manière; en ce sens la déclaration faite par " l'Australian Geographic Society " (Journal, avril/juin 1989) selon laquelle "il n'existe aucun lieu sur terre équivalant à la Shark Bay", est correcte !


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