Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak.
Par Les Cousins Migrateurs, mercredi 1 février 2006 à 07:01 :: Laos - Vat Phou :: #39 :: rss

La géopolitique joue en notre faveur et ne boudons pas notre plaisir ! Quand nous avions préparé notre tour du monde à la découverte de 100 sites classés par l'Unesco, la frontière entre le Laos et le Cambodge était quelque peu instable et notre itinéraire de base à travers le Laos ne prévoyait pas une descente dans la partie sud de ce pays. Les choses ont changé en quelques années et si aujourd'hui nous sommes à Pakse c'est avec l'occasion de visiter un site classé que nous avions écarté de notre première sélection. Alors hier depuis la capitale Vientiane, nous avons donc mis cap au sud par un bus de nuit encore une fois mémorable et au petit matin nous sommes arrivés à destination. Deux heures d'un sommeil enfin digne de ce nom dans notre chambre d'hôtel et nous organisons la journée.

Comment se rendre à Champassak, une quarantaine de kilomètres plus au sud sur la rive opposée du Mékong ? Le bus ? Peu flexible en horaire. Le tuk-tuk ? Y aller oui, en revenir cela va être compliqué... Louons donc une moto; enfin presque une moto, en fait une 110 cm3, petite cylindrée chinoise qui a le mérite de pouvoir passer par les routes plus où moins carrossées, qui est suffisamment légère pour la mettre sur le bac pour traverser le Mékong et qui en prime, se loue facilement à tous les coins de rue et consomme trois fois rien... ! C'est parti ! Il faut quand même presque une heure et demie de route pour accéder à Champassak. Plus précisément à Vat Phou qui est un temple, d'architecture khmère et de religion hindouiste. Avant de décrire le site, une fois n'est pas coutume, nous avons trouvé des informations très détaillées sur le travail des différentes missions menées ici juqu'à la classification du site par l'Unesco en 2001.

En 1867 un explorateur Français du Mékong, Francis Garnier donne la première description du Vat Phou. En 1907 Etienne Edmont Lunet de Lajonquière cartographie le temple. En 1914 Henri Parmentier écrit le premier rapport scientifique à propos du temple. En 1986 a lieu une enquête à propos de la ville ancienne. Entre 1991 et 1998 des excavations sont menées par une mission archéologique française en coopération avec le ministère Laotien de la culture autour de la fontaine sacrée et du sanctuaire ainsi que dans différents temples de l'ancienne ville (Projet de Recherche en Archéologie Lao - PRAL). L'Unesco avec les gouvernements italiens et japonais, explore, étudie et catalogue le matériel archéologique du site. Un projet supporté par le gouvernement Italien et l'Unesco, donne des cours d'histoire, d'archéologie, de management et de conservation à des locaux pour former une équipe sur le site, ainsi qu'à des officiers appartenants au Ministère de l'Information et de la Culture à Vientiane. Les missions de répertoriage du matériel archéologique continuent ainsi que celles relatives à la cartographie des lieux et à la restauration des anciennes constructions. Des recherches sont menées systématiquement sur un territoire de cinq cent kilomètres carrés. En 1998 le gouvernement laotien adopte une ligne de conduite pour la conservation et la protection du site archéologique proposé. En 1999 et 2000 a lieu une mission Unesco italo-laotienne pour la Nomination au Patrimoine Mondial. Enfin en 2001 le Parc Archéologique de Champassak est nommé au Patrimoine Mondial !

Cette chronologie est très rarement rencontrée sur les sites, pourtant il est extrêmement intéressant de voir ce processus mis en oeuvre qui mène à la classification ! Voilà une idée simple qui devrait être transversale à tous les sites classés car le public est à même de juger rapidement des travaux réalisés pour sauvegarder ce patrimoine. Ce panneau d'information va encore plus en avant en décrivant les projets à venir, tels que la réalisation d'une école dans le village voisin, projet soutenu par une université japonaise, ou encore détaille le planning des fouilles à venir sur le site et des restaurations à entreprendre. Mais finalement de quoi retourne-t-il à Champassak ? Cette ensemble et le Vat Phou est situé au pied d'une montagne dont le sommet, le Phou Kao, est associé au Linga, symbole phallique de Shiva. Petit rappel sur la religion Hindouiste et ses dieux, rappel directement issu de l'article que nous avions écrit sur Prambanan, mais maintenant essayez de retenir une bonne fois pour toute, même si ce n'est pas simple ! Shiva, donc, dieu principal encore une fois ici, représente le pouvoir de destruction des ennemis et chevauche Nandi le taureau. Comme à Prambanan, nous retrouverons ici la trinité hindouiste avec Brahma, le dieu à quatre têtes, qui concilie Shiva et Vishnou. Ce dernier, est le dieu de la force centripète qui concilie les éléments et de son nombril est né... Brahma.

Cette montagne est donc sacrée et la présence d'une source perpétuelle à sa base a bien sûr incité les anciens rois de la région à installer ici un sanctuaire Shivaïte. L'ensemble inscrit au patrimoine mondial comporte également une ville préangkorienne située vers les rives du Mékong. Cette ancienne ville a été crée au cinquième siècle après JC et un siècle plus tard elle était la capitale du roi Mahendravarman. Par la suite l'importance politique de la cité décroîtra car les dynasties déplaceront leurs centres pour finir dès le neuvième siècle avec Angkor (Cambodge) comme capitale. Cependant les souverains khmers n'oublieront jamais Vat Phou et son entretien sera toujours garanti en tant que sanctuaire religieux de premier ordre. Par la suite Vat Phou deviendra un sanctuaire Bouddhiste quand ce dogme s'installera en Asie du sud-est et aujourd'hui le site est toujours très vivant notamment à la pleine lune du mois de février où un grand pèlerinage attire de nombreux fidèles.

Alors que pouvons nous apprécier à Vat Phou ? Si des inscriptions du cinquième et sixième siècle font état d'un temple dans la montagne contemporain de la ville, il n'en reste rien, cependant l'ensemble religieux que l'on peut observer aujourd'hui date des onzième, douzième et treizième siècles. L'ensemble est orienté vers le pied de la montagne et sa source sacrée dans un axe est-ouest. Les deux lacs artificiels à l'entrée du site sont une représentation métaphorique de l'océan entourant la terre et servent de bassins. Une allée bordée de bornes sculptées mène vers deux bâtiments du onzième siècle aux frontons décorés de sculptures. Puis passé cette esplanade, nous accédons à un escalier qui gravit la montagne en étapes successives après être passé devant un petit temple dédié a Nandi, le taureau sacré de Shiva. Sur la terrasse supérieure est bâti le sanctuaire principal datant du onzième siècle. Les murs extérieurs sont décorés de gardiens sculptés et sur les frontons surmontant les portes nous pouvons observer des linteaux sculptés représentant Khrisna (un avatar de Vishnou), Indra, Vishnou, Shiva mais aussi des scènes de Ramayana (récit épique Indien). Transformé en sanctuaire Bouddhique, le temple comporte maintenant trois statues de Bouddha qui bouchent l'accès à une salle dans laquelle était abrité un linga (symbole phallique de Shiva, cf plus haut) sur lequel coulait visiblement à une époque un filet d'eau venant de la source situé à quelques dizaines de mètres de là. Cette dérivation de la source vers ce linga était exceptionnel dans la religion hindouiste khmer et donne un caractère unique à Vat Phou. Les eaux de cette source étaient sacralisées par un petit temple, des statues de Shiva mais aussi de Bouddha (installées à posteriori). Un peu plus loin nous pouvons découvrir gravés dans le roc, une énorme empreinte du pied de Bouddha, une empreinte d'un crocodile ainsi que la tête d'un éléphant presque échelle un !

Voila pour la visite du site, mais ce qui ressort d'une journée comme celle ci est une réelle impression de tranquillité et de solennité dans ces lieux. Une conservation bien menée qui bénéficie au site, très peu de touristes, peut-être grâce à l'éloignement relatif du site et les seules personnes rencontrées sont laotiennes et s'étonnent presque de nous voir ici ! Il faut dire que le site est toujours considéré aujourd'hui comme un haut lieu Bouddhique et nous supposons que la majeure partie des visiteurs sont locaux et viennent dans un but spirituel. Nous rentrerons tranquillement dans l'après-midi vers Pakse en nous disant qu'avec un peu de chance où à la faveur d'un planning mieux étudié nous aurions pu assister aux cérémonies de février, qui auront lieu dans une quinzaine de jours, et qui font visiblement revivre de façon grandiose le site de Vat Phou.


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