Incomparables. Les îles Galápagos sont, pour les amoureux de la nature comme pour les scientifiques et les historiens, à la fois un paradis et un musée vivant. Charles Darwin vint ici en 1835, ce fut cette visite qui lui inspira sa célèbre théorie de l'évolution. Le Parc National des Galápagos fut inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial dès la création de cette dernière, en 1978. L'Unesco y ajouta la Réserve Marine des Galápagos en 2001 pour finalement constituer un site à la fois terrestre et marin, couvrant au total 133 000 km2 et comprenant 120 îles. Nous sommes dans l'océan Pacifique, à environ 1000 km à l'Ouest des côtes de l'Equateur, pays auquel appartiennent d'ailleurs ces îles.

Les Galápagos se situent au confluent de trois courants océaniques (panaméen, péruvien et sud-équatorien), auxquels viennent s'ajouter des "upwellings" (courants provenant des fonds et remontant vers la surface). Cette convergence est à l'origine d'un véritable creuset d'espèces marines, dont environ 25% sont endémiques, c'est-à-dire qu'elles n'existent nulle part ailleurs sur la planète. Rien d'étonnant dès lors que cet endroit soit l'un des sites de plongée les plus réputés au monde ; nous avons pu en constater les raisons de nos propres yeux.

Les conditions de plongée ici sont souvent assez déconcertantes : pas seulement parce que les courants sont parfois puissants, mais surtout parce que les différences de température sont aussi soudaines qu'importantes. Nous sommes régulièrement passés, comme si nous franchissions une paroi invisible, instantanément d'une eau à 26 degrés à une zone à 17 degrés...! Et l'amplitude de température peut être encore bien supérieure selon les lieux et les époques. Mais cela constitue un avantage précieux : la présence d'une multitude et surtout d'une diversité incroyable d'espèces. 8 espèces de dauphins, 12 de requins, 6 de raies, plus de 400 de poissons, et 2 otariidés : le lion de mer des Galápagos (qui est une otarie) et l'otarie à fourrure, tous les deux endémiques.

Nous aurons croisé un banc de requins marteaux, joué avec des lions de mer, contemplé le "vol" des raies-aigles, profité de la présence de dizaines de tortues, etc. Et encore, nous n'aurons pas eu la chance de nager avec les manchots ni avec les iguanes (l'iguane marin des Galápagos est le seul lézard marin au monde), que nous avons tout de même pu rencontrer hors de l'eau.

C'est d'ailleurs sur terre, aussi belle la vie sous-marine soit-elle, que se trouve la "vedette" des Galápagos : la tortue géante, qui peut atteindre 250 kg et dépasser 100 ans. Il en existait parait-il 14 espèces à travers l'archipel, aujourd'hui 3 sont éteintes. Quant à l'espèce particulière à l'île de Pinta, il n'en reste plus qu'un individu ! Surnommée George, cette tortue solitaire fait l'objet de toutes les attentions. Pour que l'espèce perdure, il a même été envisagé de la cloner...affaire à suivre. Les autres animaux incontournables de ces îles sont bien entendu les oiseaux (57 espèces, dont 50% endémiques) et les reptiles, endémiques à 100% !

Nous serons restés ici une semaine, partageant notre temps entre plongées et visites de deux îles, Santa Cruz et Isabela. Cette dernière est la plus grande et l'une des plus intéressantes. Cette île comporte de nombreux volcans, nous en avons parcouru deux. L'activité sismique et le volcanisme en perpétuelle activité aux Galápagos permettent d'illustrer les processus de création de ces îles. Les éruptions sont relativement fréquentes et nous avons pu observer le paysage offert par celle, récente (2005), de l'un d'entre eux.

C'est également sur cette île que nous avons visité une réserve de tortues. Les petits sont conservés là jusqu'à l'âge de 5 ans ; ils deviennent alors suffisamment forts pour survivre et échapper à leurs prédateurs, et sont donc libérés dans la nature. Le programme de conservation des tortues aux Galápagos est un véritable succès. Cet animal fut toutefois par le passé en très grave danger, pas seulement à cause de ses prédateurs mais parce qu'il y a quelques siècles les pirates qui sillonnaient ces mers les entreposaient sur leurs bateaux pour les manger : les tortues peuvent survivre plusieurs semaines sans manger et constituaient donc une réserve facile à conserver.

C'est sur l'île de Santa Cruz, la plus accessible et la plus habitée, que nous avons pourtant pu observer des tortues géantes dans leur milieu naturel. Nous avons par ailleurs visité l'excellente fondation Charles Darwin, qui ne vit que sur le système de donations et dont l'entrée est gratuite, fait suffisamment rare pour être souligné. Ses missions incluent recherche, conservation ou encore éducation sur l'environnement. Nous y avons rencontré Luis, qui travaille ici comme volontaire et qui nous aura apporté quantité de renseignements (et corrigé certaines erreurs de certains guides "improvisés" que nous avions rencontrés sur Isabela, dont l'exactitude des informations laisse malheureusement à désirer). C'est dans l'enceinte de cette fondation que nous avons pu découvrir notamment quelques iguanes terrestres et bien sûr des tortues géantes. C'est également ici que nous en avons appris davantage sur les menaces qui pèsent sur les îles Galápagos Nous en retiendrons deux principales : la pêche illicite et la présence d'espèces introduites. La première est évidemment combattue par la police, mais l'étendue de la réserve marine rend bien difficile un contrôle optimal de la zone. Quant à la deuxième, elle présente un danger pour les espèces natives des Galápagos, et a même conduit à l'extinction de certaines. Aujourd'hui la vigilance est de rigueur pour tenter de maintenir l'équilibre d'un système animal et végétal bien fragile.

Nous serions bien restés ici pendant des semaines ou même des mois, seulement voilà : tout est ici bien cher. Billet d'avion depuis Quito ou Guayaquil, transport par bateau entre les îles, infrastructures touristiques, et enfin une taxe d'arrivée de US$ 100 (reversée à plusieurs entités, dont 40% au Parc National et un peu moins à la Réserve Marine). Les îles Galápagos ne sont pas accessibles à toutes les bourses... et le nombre d'îles frustre forcément le visiteur limité par le temps.

Nous étions impatients de découvrir les Galápagos : sur nos deux années de voyage, elles constituaient à notre esprit l'un des instants forts de notre parcours. Nous n'avons vraiment pas été déçus, le hasard aura de plus voulu qu'il s'agisse du 100 ème site classé par l'Unesco que nous visitons. Les îles Galápagos nous ont laissé un souvenir fabuleux et nous auront donné une envie irrésistible : y retourner !

.