Vous allez aimer ! Pas de drogue ni de rock n'roll à Konarak, mais en revanche beaucoup de sexe !... Vous souhaitez nous y rejoindre ? Rien de plus simple : rendez-vous tout d'abord a Bhubaneswar, petite bourgade indienne de 600 000 habitants et accessoirement capitale de l'état de l'Orissa, à l'Est du pays. En cette fin de mois de mars la douce température de 40 degrés au soleil (quelle est-elle au coeur de l'été ?... nous ne voulons pas le savoir) est idéale pour visiter l'une des attractions principales de la région, le Temple du Soleil à Konarak (que l'on trouve également écrit Konark). Pour vous y rendre, grimpez dans un de ces bus indiens rutilants (!), bondé bien entendu, puis profitez de la ballade pendant les 65 km que vous effectuerez en 1h30 environ.

Ca y est, vous y êtes ! Le temple se trouve désormais à trois kilomètres de la côte ; il fut pourtant construit proche du rivage et pouvait autrefois être vu par les marins, qui s'en servaient comme d'un important repère de navigation (le temple, construit de pierres sombres, fut d'ailleurs surnommé la "pagode noire"). Mais la nature est joueuse, la mer a reculé depuis et seul le sol sablonneux qui environne le temple permet de se figurer l'emplacement de l'époque de cet édifice. Nous avons choisi de louer les services d'un guide officiel pour découvrir les lieux et bénéficier des récits de légendes, faits historiques ou encore explications mythologiques et religieuses inhérentes au temple. Son tarif est tout à fait raisonnable (100 roupies par heure, soit environ 2 euros), nous aurions vraiment eu tort de nous en priver. Le prix de l'entrée au temple est en revanche beaucoup plus agaçant : pas vraiment pour son montant (250 Rs, 5 euros) mais plutôt parce que les indiens ne payent que 10 Rs...! Cette mesure gouvernementale, nous a-t-on expliqué, est assez récente et semble généralisée à l'ensemble du pays. Nous avions d'ailleurs déjà eu cette expérience il y a deux jours, lorsque nous avions visité le musée indien de Kolkata.

Krushna Chandra Nayak, c'est le nom de notre guide, nous aura apporté quantité d'informations aussi bien historiques qu'architecturales, ou encore religieuses. Soyons francs, nous n'avons pas tout retenu et la complexité des sujets abordés, bien que passionnants, nous noie bien souvent. Lorsqu'il s'agit d'architecture ou d'histoire, nous parvenons à nous accrocher. Quand il s'agit de religion, nous faisons de notre mieux (le panthéon hindou compte plus de 330 millions de divinités !), nous connaissons "les bases". Mais lorsque notre ami Krushna se lance (à notre demande toutefois) dans des considérations de philosophie hindoue, de tantrisme ou autre, nous lâchons malheureusement prise. Nous apprenons chaque jour, nous verrons quel niveau notre connaissance de l'Inde aura atteint après les 7 semaines que nous y passerons...

Voici donc un petit résumé des informations que nous avons rassemblées. Ce temple est dédié à Surya, le Dieu du Soleil dans la mythologie hindoue. Konarka, le nom initial du lieu, provient de deux mots issus du sanskrit, "kona" qui signifie "angle" et "arka", le soleil. Construit entre 1243 et 1255 par le roi Narasimha Deva Ier de la dynastie Ganga, la conception et les caractéristiques géométriques de cet édifice sont en effet liées à l'incidence du soleil. Son entrée principale, donnant évidemment vers l'Est (soleil levant), présente une immense porte. Celle-ci est le matin frappée des rayons du soleil sous des angles différents selon la période de l'année. Ces rayons sont comme guidés, ou plutôt "escortés", par une enfilade de constructions en pierre disposées sur une plate-forme précédant l'entrée du temple. Vous n'avez pas tout compris ? Ca n'est pas bien grave, accrochez-vous encore un peu et rappelez-vous que nous vous avons promis du sexe.

Le temple tout entier représente un immense chariot de pierre comportant 24 roues et tiré par 7 chevaux, courant vers l'Est. Krushna nous explique que le nombre de sept intervient ici en symbole des 7 couleurs de l'arc en ciel, des 7 jours de la semaine ou encore des sept moines célestes (?). Quant aux 24 roues, 12 de chaque côté du temple, elles font ici référence aux 12 mois de l'année et donc aux 24 quinzaines, éléments cycliques de l'époque. Une grande partie du temple a été détruit, notamment sa tour sanctuaire de 70 mètres de haut (le temple culmine aujourd'hui à environ 40 mètres). Il reste néanmoins un bon nombre de roues ; chacune d'entre elles, construite de pierre et mesurant 3 mètres de diamètre, présente des bas-reliefs au thème spécifique à chaque roue, et sert également d'horloge solaire.

Des bas-reliefs, il y en a d'ailleurs tout le long des murs du temple, et elles valent le détour ! Outre des figures symboliques destinées à la protection du temple face aux éléments naturels (serpents contre les tremblements de terre par exemple) ou à la marque de dévotion aux dieux, ce sont bel et bien, il faut le reconnaître, les représentations à connotation sexuelle qui ne peuvent manquer d'attirer l'attention. Fellation, masturbation, orgie,... Bien sûr, certains pourraient être quelque peu choqués par ces créations artistiques et les photos que nous en ramenons, et encore il ne s'agit que d'une partie infime de ce que l'on peut découvrir à Konarak.

Toutes les positions, pratiques et mises en situation présentées par ailleurs dans le Kama Sutra sont là. Rappelons que ce célébrissime recueil indien, écrit entre le IV ème et VII ème siècle après JC, s'adressait à l'origine à l'aristocratie indienne, à laquelle il prodiguait entre autres conseils sur l'acte sexuelle, la relation amoureuse ou encore le comportement en couple. Même si ce thème des pratiques amoureuses est de fait indissociable de la culture hindoue, nous ne nous expliquons pas la profusion de scènes sexuelles sur les murs du Temple de Surya, d'autant que sur d'autres temples hindous que nous avons pu découvrir (en Indonésie par exemple) nous n'avions pas constaté la présence de ce thème. Notre guide Krushna invoque le fait qu'à l'époque, les guerres décimant la population, l'un des objectifs du Roi, à travers la représentation de ces bas-reliefs, était clairement d'inciter le peuple à la procréation.

Pour compléter la description sommaire de ce site, ajoutons tout d'abord que deux lions en pierre gardent l'entrée du temple, surmontant chacun un éléphant qui lui-même écrase un homme : on trouve ici le symbolisme du pouvoir (lion) et de la richesse (éléphant), qui ajoutés l'un à l'autre ne peuvent être que dévastateurs. Par ailleurs, sur chacune des trois faces du temple autres que celle de l'entrée, se dresse une statue en chlorite représentant Surya avec un visage différent : souriant au Sud (beaucoup de soleil), mécontent à l'Ouest (le soleil se couche) et indifférent au Nord. Enfin, précisons que depuis 1904, l'intérieur du temple a été rempli, muré et scellé par les Britanniques, qui constatèrent la fragilité dangereuse des murs intérieurs. En effet, le temple fut soumis à de très importantes dégradations, guerrières (venue des Moghols) mais surtout naturelles. Le sol sablonneux, particulièrement instable, est responsable en grande partie de la détérioration de l'édifice.

De grands travaux de restauration sont actuellement en cours. Krushna nous explique que l'Unesco, qui a classé ce site sur la liste du patrimoine mondial en 1984, participe aux efforts désormais mis en oeuvre pour mener à la consolidation puis à la réouverture de l'intérieur du temple. Nul doute qu'il sera passionnant de découvrir ce que renferme cet immense complexe de pierre. Nous entamons ici la longue liste des sites classés par l'Unesco que nous parcourons en Inde. La visite de ce temple nous aura conforté dans une idée attendue : l'Hindouisme est d'une complexité impressionnante, nous ne comprenons pas tout (!) mais chaque nouvel apprentissage que nous faisons nous ravit et nourrit notre enthousiasme à l'idée d'en découvrir encore davantage !