Nous débutons dans la ville d'Arequipa une longue et dense série de visites de sites classés par l'Unesco au Pérou ; dans les semaines qui viennent nous découvrirons le célèbre Machu Pichu et les innombrables témoignages que les civilisations Inca et autres Chavin ont laissés dans ce pays. C'est toutefois davantage l'époque coloniale qui nous intéresse ici, puisque le centre ville d'Arequipa a été inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial en 2000 pour la fusion des techniques de construction européennes et autochtones qui se sont exprimées à travers ces derniers siècles et ont contribué à donner à cette ville des monuments et des éléments architecturaux bien particuliers.

La première spécificité du centre ville d'Arequipa est d'avoir été construit avec une roche volcanique du nom local de "sillar" de couleur rose ou perle ; rien d'étonnant puisque trois volcans culminant à quelques 6000 mètres d'altitude se dressent à quelques kilomètres de la ville seulement.

Fondée en 1540 par des conquistadors espagnols, Arequipa connut plusieurs époques marquantes qui laissèrent chacune une forme d'architecture spécifique : sa qualité de village pendant les quarante premières années, puis l'époque baroque, les styles rococo et néoclassique, l'empirisme moderne et le néoclassicisme, et finalement l'époque contemporaine. Enfin, la ville aura eu cette particularité de connaître de nombreux tremblements de terre, dont celui très violent de 1582 qui engendra une évolution majeure dans le style architectural d'Arequipa qui adopta des techniques antisismiques de construction, par la démultiplication de voûtes notamment et l'utilisation du sillar, roche volcanique à la fois tendre, résistante et légère et parfaitement adaptée aux tremblements de terre.

L'évangélisation de la ville qui suivit la conquête espagnole laissa évidemment de très nombreux édifices religieux. Nous avons entre autres découvert l'église de San Francisco, celle de La Compania avec sa magnifique façade ornée, ainsi que celle de San Agustin. Cette dernière nous a montré l'exemple d'un travail de restauration particulièrement impressionnant. Détruite par un tremblement de terre en 1868, elle bénéficia de plusieurs programmes de conservation dont le dernier en date fut achevé en 2005 et nous a permis de découvrir un intérieur "flambant neuf" très esthétique.

La cathédrale, sur la place principale de la ville bien sûr (Plaza de Armas), est le plus imposant des édifices religieux néoclassique d'Arequipa.

Mais le bâtiment incontournable est le très grand couvent de Santa Catalina, que nous avons visité avec une guide (parlant français de surcroît) pendant une bonne heure. Véritable village dans la ville, entouré de hauts murs, il n'héberge aujourd'hui plus qu'une trentaine de soeurs qui n'occupent qu'une relative petite surface du lieu. Grâce aux explications de notre guide, nous avons pu en découvrir davantage sur les moeurs de ces soeurs à l'époque, appartenant à l'ordre contemplatif et totalement isolées du reste de la société. Le couvent comporte des rues aux noms de villes espagnoles, plusieurs cloîtres et leurs chapelles, etc. Nous avons également pu visiter certaines chambres habitées autrefois par les soeurs. Celles-ci sont certes sobres mais parfois bien grandes avec jardin, cuisine, salles pour les servantes (de une à quatre servantes par soeur), etc. Il faut dire que la famille de chaque soeur payait tout d'abord pour son entrée au couvent, puis pour son installation et donc pour l'aménagement de la chambre. Les plus riches étaient donc les mieux installées, ça n'est pas très égalitaire tout ça, mais après tout le fait même de devenir soeur au couvent n'était pas un choix de cette dernière : il était de bon ton, à l'époque, de marier sa première fille et d'envoyer la seconde au couvent. Cette pratique a pris fin avec le concile Vatican I au XIX ème siècle.

L'originalité d'Arequipa ne s'exprime pas seulement à travers ses bâtiments religieux. Les "casonas", maisons aux caractéristiques bien spécifiques, sont nombreuses à travers le centre ville. On notera également la profusion de porches, de voûtes, de colonnes, de corniches et bien entendu les couleurs de nombreux édifices, un magnifique bleu indigo notamment pour certains bâtiments coloniaux.

Rudement éprouvée par les tremblements de terre, Arequipa n'a heureusement pas attendu son inscription par l'Unesco pour rénover et entretenir ses bâtiments. La beauté de la ville est finalement encore plus impressionnante lorsque l'on sait ce qu'elle a enduré et les nombreux édifices qui ont été pour certains plusieurs fois reconstruits. Ce magnifique centre ville nous aura véritablement séduits, grâce à la diversité de ses éléments architecturaux qui en font un lieu fort agréable à découvrir, ainsi que par son état de conservation exemplaire.