Football et corruption dans l'Angleterre des années 1970. Entre thriller et récit, David Peace marque un joli but.
En Angleterre, le football est une affaire de kick and rush: on joue la contre-attaque, à grands coups d'accélérations, de transversales et de longues balles envoyées devant le but adverse. Initialement prévue pour le ballon rond, cette tactique peut également être appliquée à la vie tout entière. C'est en tout cas l'avis de Brian Clough. Grand buteur de deuxième division au début des années 1960 (et décédé en 2004), ce (mauvais) garçon vit sa carrière d'avant-centre interrompue à l'âge de 29 ans, à la suite d'une blessure. Refusant d'abandonner la pelouse, il devient manager de différents clubs.
Auréolé d'un succès avec les joueurs de Derby County, Clough prend les rennes de l'équipe de Leeds United, où la violence et la corruption relèvent de la culture locale. Problème: ces valeurs ne sont pas franchement celles du nouveau coach, qui préfère le beau jeu aux magouilles... Cet épisode tumultueux de l'histoire du foot anglais ne dure que du 31 juillet au 12 septembre 1974, mais il y a matière à faire un très bon roman. David Peace l'a bien compris. Enfant terrible du polar britannique (célèbre pour sa saga sur le tueur du Yorkshire), il applique ici les recettes et les archétypes du genre. Un peu comme si son modèle, James Ellroy, prenait une bière avec Ken Loach à la buvette du stade.
Entrecoupé par des réminiscences du passé de Clough, le récit se focalise sur le combat et les illusions d'un idéaliste, certes colérique, mais toujours sincère, face à une bande de brutes et à un système bien pire encore. Avec un style acéré, David Peace décrit ce monde sans pitié où la loi du terrain est parfois celle du «milieu». En attendant le coup de sifflet final.