Avec son Dictionnaire amoureux, Frédéric Vitoux enchante les plus chauds comme les plus tièdes partisans des «tigres de salon».
Au moins, il ne s'en cache pas: c'est avec un «arbitraire enchanté» que l'académicien Frédéric Vitoux affirme avoir composé son Dictionnaire amoureux des chats. Un parti pris qui fait tout le charme de cet imposant hymne aux «sentinelles de l'invisible», comme les qualifie son confrère René de Obaldia. La plume alerte, l'oeil malicieux, l'auteur de Bébert, biographie iconoclaste du chat de Céline, sautille avec agilité de Bau- delaire au Chat botté, de Lovecraft à Grosminet, de Pomponnette à Rossini.
Un véritable festival! A en croire le romancier, ces «petits mammifères carnivores de la famille des félidés» ont envahi tous les arts. La littérature, bien sûr, où Vitoux a beau jeu d'aligner une brochette d'affidés à faire pâlir les inconditionnels de W.C. Fields: Marcel Aymé, Malraux, Champfleury, Patricia Highsmith, Léautaud, Hemingway, Lewis Carroll, Balzac, Cocteau, Loti, Chandler, Colette («à qui il sera beaucoup pardonné en raison de ses chats»)... La musique (Rossini, Ravel, Scarlatti), la peinture (dont le fameux Dora Maar au chat, de Picasso, vendu 95 millions de dollars!), le cinéma, la photo, la BD ont également succombé à la chatomania.
Un enthousiasme contagieux
Le combat est inégal. Même si vous n'avez pas une affection particulière pour les chats, et appartenez donc à une peuplade dont Vitoux avoue se méfier, vous vous surprendrez, au fil des pages, à vous attendrir sur la mort de Belzébuth dans Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier, à admirer la stature du félin dans Le Dit du Genji, à plaindre le Tom de Tom et Jerry, à vous interroger sur le rôle du chat chez La Fontaine ou encore à vous passionner pour sa divinisation dans l'Egypte ancienne.
L'enthousiasme de Vitoux est contagieux. La barre est haut placée pour un futur dictionnaire amoureux des chiens.