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l'actualité littéraire
A l'abri de rien
Olivier Adam
Edition L'Olivier


Il est l'un des favoris du Goncourt: Olivier Adam surplombe la rentrée littéraire. Avec lui, la vie des classes moyennes devient un vrai roman. Portrait.

Un bon 18 de tension, des saignements de nez et le paquet de Lucky Strike toujours à portée de main: on ne soupçonne pas les affres dans lesquelles la rentrée littéraire peut plonger un jeune romancier. A la veille de la parution de son sixième roman, A l'abri de rien, Olivier Adam a donc préféré se mettre au vert du côté d'Apt, chez une amie éditrice. Là-bas, dans le pays de Giono, avec ses cheveux délavés, une barbe de quelques jours, un éternel sourire et une silhouette un peu ronde - plutôt un look de marin pêcheur de Cancale que de petit marquis des lettres parisiennes - les tourments du jeune Adam s'estompent un peu.

Il est vrai qu'il joue gros, en cet automne: après avoir décroché le Goncourt de la nouvelle en 2004 pour Passer l'hiver et figuré jusqu'à la dernière minute dans la sélection du Goncourt l'année suivante avec Falaises, il revient avec insistance parmi les favoris du prix pour cette année - des jurés comme Edmonde Charles-Roux ou Bernard Pivot n'ayant jamais fait mystère de leur admiration pour ce romancier tout juste âgé de 33 ans. Alors, on comprend mieux cette tension qui s'affole parfois...

Le grand public, lui, a vraiment découvert Olivier Adam l'an dernier avec l'adaptation au cinéma de son premier roman, Je vais bien, ne t'en fais pas (le Dilettante): 1 million d'entrées, deux césars pour Mélanie Laurent et Kad Merad. «J'étais moi-même nominé pour le scénario. Du coup, je suis allé m'acheter le premier costard de ma vie. Mais personne ne l'a vu, car le cadreur m'a raté... Dans la voiture de la production qui nous amenait à la cérémonie, avec Kad, on n'en revenait pas d'être là. Je suis de Draveil et lui de Ris-Orangis, juste de l'autre côté de la Seine. Il n'arrêtait pas de me répéter: ''Tu te rends compte, nous, les gamins de la banlieue sud...''»

Tout Olivier Adam est dans cette géographie de l'enfance. Avec lui, la France a trouvé son romancier des classes moyennes. Il excelle à décrire ces zones indistinctes faites de néons Kiabi, de balançoires rouillées sur des pelouses pelées et de Kangoo achetées à crédit. La première phrase d'A l'abri de rien («Comment ça a commencé?») est une allusion transparente au début du Voyage au bout de la nuit («Ça a débuté comme ça»), de Céline, cet autre arpenteur de banlieues tristes. «Ces zones périurbaines constituent un pays invisible, totalement absent de la littérature, alors qu'il est majoritaire, justifie-t-il. Et puis, moi, j'écris sur ce que je connais.» Enfance dans un petit pavillon, un père qui prend le RER tous les matins et des journées entières à la bibliothèque municipale. «Je lisais tout quasiment par ordre alphabétique. C'est là que j'ai découvert Calet, Carver, Guérin, Modiano...»

A 18 ans, Paris, une chambre de bonne et un DESS de gestion des institutions culturelles à Paris-Dauphine. «J'avais écrit un roman. Ne connaissant strictement personne, totalement désespéré, je l'ai envoyé par la poste à Jean-Paul Dubois, dont j'adorais Une année sous silence. Deux jours après, le téléphone sonne. C'était lui, qui voulait m'encourager. J'étais tétanisé, je bredouillais.» Il faudra finalement le coup de pouce d'un autre romancier, Eric Holder, pour que Je vais bien, ne t'en fais pas soit publié au Dilettante. Premier tirage: 1 999 exemplaires. Depuis le succès du film et l'édition en poche, on en est à 150 000...

«Il ira loin», prédisait Pivot
Suivent, chez l'Olivier, A l'ouest et Poids léger - adapté au cinéma par Jean-Pierre Améris - un passage comme éditeur aux éditions du Rouergue et à la programmation des Nuits de la correspondance de Manosque, où il invite ces chanteurs avec lesquels il se sent en résonance - Miossec, Murat, Dominique A... Philippe Sollers et Bernard Pivot - «Il ira loin», prédisait-il en 2002 - le lancent. Et, bel hommage, Eric Fottorino, autre prétendant au Goncourt cette année avec Baisers de cinéma (Gallimard), a placé une citation d'Olivier Adam en exergue de son roman.

Après le succès de Falaises (50 000 exemplaires), notre romancier part s'installer dans une petite maison, impasse des Hautes... Falaises, à deux pas de Saint-Malo. Comme ses héros, qui finissent toujours face à une mer mélancolique, il arpente le chemin des douaniers et nage. Sinon, après avoir déposé sa fille à l'école, il écrit au rez-de-chaussée, pendant que sa compagne, Karine Reysset, également publiée à l'Olivier et à qui sont dédicacés tous ses romans, fait de même au premier étage. «Une vie de millionnaire sans être millionnaire», résume-t-il.

On ne s'étonnera donc pas de voir Marie, l'héroïne borderline d'A l'abri de rien, se perdre dans le spectacle déprimant de la mer du Nord, du côté de Calais. Tout l'univers d'Olivier Adam y est: le fond de vent et de pluie, l'époux chauffeur de car scolaire au Smic, les courses chez Ed et les collections de tortues en porcelaine sur les étagères. En voulant aider les «Kosovars», surnom donné aux clandestins de Sangatte qui rôdent dans les rues, Marie essaie de sauver sa vie du naufrage. Comme ses personnages, Olivier Adam dit avoir connu l'anorexie et la dépression.

Cette litanie de petits malheurs pourrait peser, mais, par le naturel de la phrase, l'ensemble sonne étonnamment juste. Une écriture à «ras d'homme», selon l'expression de Calet. «Si c'est beau, cela ne peut pas être déprimant», disait déjà Richard Ford, auteur fétiche d'Olivier Adam. Une réflexion de Marie résume bien le destin de toutes ces vies minuscules: «C'était foutu d'avance.» On se gardera bien d'en dire autant pour le Goncourt.

Jérôme Dupuis
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