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Voix de Méditerranée

Chaque année, les Voix de la Méditerranée accueillent au coeur de l'été une centaine de poètes et d'artistes, chorégraphes, conteurs, chanteurs et musiciens venus de toute la Méditerranée - Espagne, Egypte, France, Italie, Balkans, Maghreb, Grèce, Proche et Moyen-Orient - pour des lectures et des spectacles.
Le festival a lieu cette année du 19 au 27 juillet à Lodève, en France. Il propose une "anthologie sonore" et offre aux poètes déjà invités par le passé la possibilité de présenter de nouvelles oeuvres lors de lectures qui éveilleront la curiosité du public et l'amèneront à la découverte de poètes parfois méconnus.
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l'actualité littéraire
Cafés de la mémoire
Chantal Thomas
Edition SEUIL


Les souvenirs de la jeune Thomas croisent ceux de toute une génération. Avec une rare finesse, elle les partage dans ses Cafés de la mémoire.

Manteau noir, écharpe fuchsia, cheveux gris argent. Chantal Thomas donne rendez-vous dans un café parisien à son image, élégant et discret. Au Rostand, en face du jardin du Luxembourg, un feu de bois et un thé nous réchauffent. L'auteur des Adieux à la reine (prix Femina 2002), essayiste et romancière comptant parmi les plus brillantes intellectuelles de sa génération, aime les cafés, «ces lieux propices au rêve, où l'on apprend à vivre».

Rien d'étonnant, donc, à ce que son dernier ouvrage - libre flânerie retraçant sa jeunesse - s'intitule Cafés de la mémoire. De l'enfance sur le bassin d'Arcachon auprès d'un grand-père adoré à la rencontre, à Paris, avec Roland Barthes, en passant par Bordeaux, où elle fit ses premiers pas en amour comme en philosophie, Chantal Thomas tisse la mémoire à sa manière, très personnelle. Et s'invente un double - Lisa - afin de reconstituer la trame fine du souvenir, de «réinventer les bruits, les odeurs, les gestes, qui se sont perdus à jamais».

Un livre clef si l'on veut comprendre cette intellectuelle atypique, pour qui «la journée idéale est une journée de plage». Une femme qui tranche sacrément avec le cliché du «penseur» français, version Sollers ou BHL. Membre du comité de lecture de Gallimard, jurée au prix Femina, directrice de recherche au CNRS, «Chantal ne pose pas à l'intellectuelle, explique son ami, l'écrivain Gilles Leroy. C'est une femme lumineuse qui vous entraîne dans sa sphère de lumière.» Lumineuse mais complexe. Capable de marier les pensées les plus délicates avec les mots les plus crus, lorsqu'elle décrit ses premières nuits d'amour. D'allier présence et absence dans les enjeux de pouvoir, maturité et futilité dans son regard sur la vie.

«Je n'ai pas vraiment voulu grandir», avoue l'auteur de Souffrir et de Comment supporter sa liberté. Sans attache ni désir d'enfant, elle se voyait très tôt «simple voyageuse, observant le monde». Promenant ses blessures intimes sans les imposer à quiconque. «Elle a souvent les yeux qui brillent, de joie et de chagrin mêlés, mais les larmes ne coulent pas», confie Leroy.

Chantal Thomas est aussi fille spirituelle de Mai 68 et de Simone de Beauvoir. Comme Annie Ernaux dans Les Années, elle rappelle, dans son livre, combien le monde a changé depuis sa naissance, en 1945, évoque la société bridée, les avortements clandestins. Et la fièvre de Mai, qui «mit en lumière des désirs». «Les mots d'ordre pouvaient sembler ridicules, mais les soixante-huitards étaient amoureux de l'intelligence, du bonheur.»

Etonnée que personne n'ait songé à rapprocher son livre de celui d'Ernaux, Chantal Thomas s'en charge: «Elle décrit surtout un destin collectif, qui, chez moi, n'est qu'à l'arrière-plan. Et puis, elle a voulu un mari, des enfants, un métier fixe...» Cavalière solitaire, Thomas, elle, a préféré chevaucher, au XVIIIe siècle, en compagnie de Sade et de Casanova. Comme eux, elle est allée sans tabou, au fil de son inspiration. A goûté l'instant, les étreintes, la bonne chère, les voyages, l'art. Et les livres. «Je peux être critique sur mon époque, mais je n'ai pas plus de nostalgie pour ma jeunesse que pour le xviiie. Ce sont juste des étalons, des énergies que je porte en moi. Mon registre serait plutôt le cercle des saisons qui se répètent, opposé à la progression numérique des années.» Une manière d'appliquer la philosophie de son grand-père: croire au miracle.

Olivier Le Naire
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